Ebola, la « success story » !

Ces événements se déroulent quelque part en Afrique. Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence ou invention. Au commencement 1976, Zaïre (hier, République démocratique du Congo aujourd’hui), à Yambuku, un village situé près d’un fleuve au nom prémonitoire, et simultanément au Soudan, à N’zara, naissait le petit Ebola. Ebola Sogue2De la famille Filoviridae (filovirus), le petit Ebola est le troisième membre de ceux que l’on considère dans ce village comme des parias, des bannis, des intouchables. Tonton cueva virus (corona) et tante Marburg ont juré à papa Ebola de bien veiller sur le nouveau-né. Ils voient d’ailleurs en lui un prodige, un petit qui fera la fierté de la famille et rétablira sans nul doute son honneur.

Un soir, lors d’un meeting familial, pendant qu’autour du feu certains se racontaient le périple de l’équipe nationale du pays à la coupe du monde d’il y a deux ans, où le Zaïre avait été humilié, pardon battu par la Yougoslavie d’alors, 9-0 se tenait lors de cette réunion,  en aparté, un tout autre discours

Fiston, qui veut voyager loin ménage sa monture, dit Tonton corona (cueva virus) à son neveu. Tu vois, ta tante Marburg et moi avons commis la même erreur, il ne faut pas que tu en fasses autant ! Ne sois pas pressé, ton heure de gloire arrivera, mieux vaut tard que trop tôt. Trop sûrs de nous, et soucieux de vite nous faire connaître, nous avons brûlé les étapes et du coup, nous avons été maîtrisés par les  » sorciers blancs « . Tu dois t’en méfier ces sorciers blancs, ils sont très malins et très observateurs. C’est ainsi qu’ils ont découvert nos points faibles et ont pu nous affaiblir. Aujourd’hui, notre champ d’action est très réduit et avec l’informatisation, difficile de tromper leur vigilance ou même de voyager. Ils contrôlent tout, dans les temps il suffisait de falsifier un visa, je me déplaçais alors avec ta charmante tante et nous allions faire un petit tour en semant de petits dégâts par ci et par là. Après la lutte contre nous s’intensifia. Pour nous moquer, ils nous ont dit que nous les avons déçus, et que finalement ce fut un jeu d’enfant que de nous circonscrire. Nous avons pleuré et prié pour qu’après nous, arrive un digne représentant. Et Dieu merci, il semble que nous avons été entendus. Il faut à ton tour que tu nous entendes, petit !  Tu es promis à une très grande carrière, nous te voyons  » professionnel  » un jour, allant monnayer ton talent partout dans le monde, surtout chez ces sorciers blancs qui n’ont peur de rien, même pas des génies. La patience, la patience mon petit, la patience est un chemin d’or ! Par ailleurs, à propos d’or, ils en sont friands les sorciers blancs au contraire de nos sorciers noirs, eux préférant la chair humaine. Mais l’un dans l’autre, si tu es patient, tu sauras en tirer profit et faire profiter tout le monde. Le monde mon petit, le monde en bas et toi en haut, voilà ce que nous disent les oracles ! Tu vas voir si tu nous écoutes, tout se passera bien, même s’il arrive qu’on te découvre il faudra garder ton sang-froid. Dès que tu saisiras ta première victime, ils l’appelleront le  » patient zéro « , et ne feront rien. Retire-toi ensuite dans ce fleuve. Les villageois te protégeront, car c’est de ce fleuve qu’ils tirent leur pitance et au nom de la sauvegarde de l’environnement, ils ne toucheront pas ce fleuve, ton nid. Tu pourras y vivre caché de longues et paisibles années, en te faisant quelques victimes sans grand bruit.

Très attentif, le petit Ebola écouta sagement tous ces conseils et accepta de se mettre en veilleuse, car papa avait entre temps ébruité sa naissance vu que certains opportunistes voulaient usurper sa paternité. Si  « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années « , aux virus bien nés, si ! Le petit Ebola avait tout compris et très vite, l’avenir s’annonçait radieux. En l’aidant à se cacher là dans le fleuve, il était loin d’imaginer l’intérêt qu’il représenterait dans un futur pas si lointain que çà.

Renié à sa naissance par son père belge Peter Piot, médecin de son état, le virus sera contraint de porter le nom de sa mère zaïroise, Ebola. Nourri de haine et de frustration, voilà dans quelles conditions grandira le petit Ebola. Tranquillement il va attendre, pendant que les autres virus, ses cousins, subissaient les assauts des sorciers blancs à coup de vaccin. La poliomyélite, le kwashiorkor et j’en passe feront l’objet d’études et de découvertes à coups de quelques millions de dollars, finissant sinon par disparaître, du moins à être presque neutralisés.

L’explosion ! Le sida, du virus VIH, star des années 1990 est en perte de vitesse, il semble ne plus faire recette et avait déjà semble-t-il  été maîtrisé par  » nanan  Drobo II ’’ tradipraticien ghanéen mystérieusement assassiné en 1992 pour avoir refusé de commercialiser sa recette, au retour du japon où il venait de  participer à une conférence internationale sur le VIH. Mars 2014, trente-huit ans après Ebola, bien affûté suffisamment préparé sent que son heure a sonné. Les temps sont moroses pour les épidémies, vite éradiquées.

Les virus ne sont plus aussi virulents et les sorciers blancs semblent avoir baissé la garde, n’ayant pas d’adversaires à leur mesure. Le discret palu, la malaria pour certains, fait quant à lui son petit bonhomme de chemin bon an mal an. Son secret, la discrétion un champ d’action limité. En Afrique il y a trouvé prospérité, aidé par ses éternels alliés les moustiques, et un climat tropical favorable lui permettant de conserver sa virulence à tout moment. Ebola lui choisira comme rampe de lancement, trois pays pauvres d’Afrique de l’Ouest affaiblis par des conflits, des crises interminables et de longues périodes d’instabilité.

Guinée, Sierra Leone et Liberia. En quelques semaines, il prend son envol et augmente son champ d’action tous les jours, des victimes par ci, des victimes par là. Le Nigeria, il s’y rend en première classe par avion. Pour donner l’échange, il part au Sénégal modestement par la route, en voiture banalisée. Six mois plus tard, les moyens de déplacement d’Ebola sont multiples et impressionnants. Air, mer, terre. Comme un caméléon, il se fond dans tous les environnements et use de ruse pour frapper. Alerte Août 2014, la direction de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare Ebola star des stars, soulier d’or des virus, et bientôt ballon d’or  si dans les soixante jours qui vont suivre, la lutte contre le virus n’atteint pas sa vitesse de croisière.

International depuis peu, en tourisme actuellement aux Etats-Unis plus précisément dans le Texas, Ebola a le vent en poupe. Virus spontané ou programmé, Le bioterrorisme est une réalité que plus personne n’ignore et le comportement répulsif des populations rurales et même urbaines dans les pays ouest-africains foyers n’est pas anodin. Le doute existe et la tension est palpable partout. La mondialisation du virus est interprétée comme une bonne nouvelle. Les grandes puissances sont obligées de se retrousser les manches et de se pencher sur le sujet. On ne peut plus faire la sourde oreille ni fermer les yeux.

Nabe Lamine

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