Conakry : capitale de l’incivisme ou de l’incivilité

Décidément, à Conakry tout se joue sur nos routes. Ibrahim revient au pays après un long séjour passé de l’autre coté de la rive. A sa descente de l’avion, il baise le sol, celui de sa chère Guinée natale. Quinze ans, c’est long et vite passé en même temps.

Dans le hall réservé uniquement aux voyageurs, il est surpris de voir son oncle Amidou le héler. Un billet glissé rapidement aux policiers et aux douaniers par son oncle donne accès à ce dernier, comme par enchantement, à cette zone réglementée. Ibrahim est alors conduit à l’extérieur et se voit alors dispenser de formalité douanière, à sa grande surprise.

Piétons traversant l'autoroute - Conakry

Piétons traversant l’autoroute – Conakry

– Pourquoi ne m’a-t-on pas contrôlé, j’aurais pu transporter des choses illégalement ? Interroge-t-il son oncle.

– Ecoutes, petit, ici c’est Conakry, bonne arrivée. Nous ne sommes pas chez les blancs !

A l’occasion du mariage de Ousmane, son aîné. Voici une occasion pour Ibrahim de se vêtir d’un beau boubou bazin bleu pour les cérémonies et de prendre place dans la 4×4 de son oncle Amidou. Quelques mètres plus tard, il s’entend dire : « Allez, on y est ! ». Parquée juste au beau milieu de la chaussée, la voiture est subitement prise d’assaut par les griottes, chantant et comptant des louanges à son endroit. Encore une fois, des billets de banque flambants neufs, surgissent à un rythme effréné.
– C’est là la mairie ?
– Oui, si tu veux, ici la mairie c’est partout, nous avons en fait des mairies mobiles avec des maires mobiles, qui iraient célébrer un mariage en bonne et due forme même en enfer. Il suffit de savoir les motiver

Occupation anarchique du pont piétons par des vendeurs ambulants sur l'autoroute - Conakry

Occupation anarchique du pont piétons par des vendeurs ambulants sur l’autoroute – Conakry

Subitement, sans qu’aucun panneau de signalisation ne l’indique, une interdiction d’accès à la route nationale leur est opposée alors que la veille ce chemin était encore fluide. Un petit groupe de jeunes muni de grosses pierres et des pneus usagés, surgis de nulle part, vinrent déposer des rangées de balises pour barrer l’accès pour cause de festivité de mariage. De la même façon que la veille quand d’autres jeunes firent pareil en occupant le macadam pour une partie de foot. Des tas de cailloux entreposés comme barrière leur servent comme élément d’intimidation pour inviter gentiment à rebrousser chemin, dans le cas contraire, pour les réticents, ils s’en servent pour faire voler en éclats les vitres de ceux qui, par inadvertance, ont le malheur de rouler sur leur ballon en forçant le passage.

Ibrahim semble perdu, comment la rue peut-elle servir d’officine pour un mariage ? Si des personnes responsables, des pères et mères de famille sont capables d’utiliser abusivement une voie publique, pas étonnant de voir des gosses et leurs aînés en faire leur espace de jeu.

Quelques jours plus tard, en compagnie de ses cousins, Moussa et Aminata, Ibrahim se rend au marché Madina pour quelques courses. Sur leur trajet, le long de l’autoroute, la voie principale menant au centre ville, le quartier des affaires, pendant que leur voiture roule à toute pompe dans les limites des 60km/h autorisées sur ce tronçon, ils se voient obliger de slalomer entre des piétons qui traversent inopinément la route malgré des ponts piétons prévus à cet effet. Ibrahim n’en revient pas. Sidéré, son regard ne quitte plus ces gens de tous âges qui glandouillent impunément d’un coté à l’autre sur l’autoroute, alors que juste au dessus de leurs têtes, existe un pont qui, faute de servir, fait office d’un marché embryonnaire. Des étables, avec des produits commerçables exposés à même le sol, la bouffe pour toutes les bourses, des vendeuses de montres, de bracelets, de miroirs, de peignes, enfin tout le bric-à-brac possible.
– J’hallucine, se dit à haute voix, Ibrahim !
– C’est notre quotidien, rassure-toi, lui répond son cousin, le plus sereinement possible. On le vit et on le subit tous les jours dans notre belle capitale.

Ibrahim va de surprise en surprise durant ce petit trajet entre des échanges d’amabilités un peu toniques des usagers de la route peu cordiaux, le code de la route réinventé afin de fluidifier autant que faire se peut la circulation, des jets de cannettes vides de soda ou de bière sur la voie publique, des murs transformés en urinoir, des stationnements tous azimuts, parfois en plein centre de la voie.
A chacune de ces remarques, Ibrahim a naturellement le reflexe de s’offusquer.
– Cousin, on n’est pas à Paris ici, lui balança alors son cousin un tantinet ironique suivi d’un grand rire.

En une seule journée, Ibrahim a pu évaluer le travail qu’il y’a à faire pour ramener les uns et les autres à la bonne conduite morale et civique. L’incivisme qui semble devenir la règle, la preuve, quand on manifeste on n’a aucune idée du message que l’on veut passer. Les pancartes, elles serviront à casser des têtes. On n’oublie que ce que l’on dégrade nous sert en temps normal, les voies publiques, les poteaux électriques. Un vrai travail de reconstruction et d’apprentissage des bons usages doit être mis en pratique dans nos établissements scolaires afin de nous sortir des citoyens respectueux de la cité. Quand un père de famille est capable de descendre de son véhicule pour empoigner un autre père da famille, en présence des enfants, ou de donner une taloche à un agent de la police routière, ou de lui glisser un billet de banque pour se sortir d’une mauvaise passe, où est le bon exemple ?

Une chose est certaine, l’incivilité ou l’incivisme semble la chose la mieux partagée à Conakry.

1 Commentaire

  1. Ceci est le résultat produit par un état obscurantiste par le passé a œuvré dans le seul but de conserver son pouvoir et prêt à vider le peuple de toute sa substance si ce dernier ne fait pas un éveil de sa conscience.

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