Conakry : quand arrive la pluie, les dégâts s’annoncent

Les bourrasques qui ont soufflé sur Conakry ces derniers jours, d’une puissance inouïe, ont provoqué des dégâts parfois tragiques.

Le quartier Donka a été particulièrement touché par les vents violents qui ont précédé la grande pluie en début de semaine, à tel point que l’on y a enregistré un nombre record de sinistres malheureusement très tragiques.

Surpris par la spontanéité et l’ampleur de la tornade, les habitants de ce quartier ont eu du mal à s’abriter. Les vieux arbres, qui pliaient déjà sous le poids de l’âge, et sérieusement éprouvés par ces intempéries, dandinaient dans tous les sens et menaçaient d’être déracinés à chaque souffle. Plusieurs grosses branches se détachaient et partaient se briser sur les routes, les toits des habitations, semant ainsi un mouvement de panique dans lequel tout le monde cherchait à sauver sa tête. C’est ainsi que le matin du mardi 16 juin, un jeune élève du lycée Donka, du nom de Moussa, qui voulait vite quitter les lieux en passant par l’ouverture d’un mûr, a été pris au piège par la chute d’un immense fromager, probablement cinquantenaire, qui le placarda sur le pan d’un mur. 

Coincé par le mastodonte et en manque de secours immédiat, le calvaire du jeune homme a été très long et intenable. Les gens sur place ont alors eu recourt à la débrouillardise avec une hache avant l’arrivée d’une tronçonneuse pour couper le tronc de l’arbre et pouvoir libérer le jeune garçon qui souffrait terriblement. Par dépit, les parents et les amis du jeunes, alertés, vont fustiger le manque d’assistance de services qualifiés. Cette colère va se traduire par un blocage de la route contigüe à l’école, empêchant du coup la circulation normale des véhicules. Un embouteillage, comme on en rencontre presque tous les jours à Conakry va s’installer et cela pendant toute la journée.

Un hashtag vite lancé sur les réseaux sociaux

La pluie qui a suivi ou précédé la tornade ont rendu impraticable les autres routes d’accès au centre-ville, occasionnant ainsi un désordre toute la journée. Des files vont naître de part et d’autre, chacun trouvant son chemin qui le mènera à Rome, au grand dam du respect de la norme en matière de circulation.

L’association des blogueurs de Guinée, Ablogui, s’est alors saisie de l’événement sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, avec le hashtag #tornaideguinee pour alerter l’opinion nationale et internationale sur l’ampleur des dégâts. Quelques tweets ci-après ont ainsi été publié instantanément.

Plusieurs jours de tempête

Dimanche 14 juin déjà, aux environs de 5 heures du matin, une grosse tornade avait touché la ville. Réveillé par le bruit sourd de cette énorme force éolienne, j’avais jeté un coup d’œil dans la cour de mon domicile pour m’apercevoir que les deux arbres qui s’y trouvaient étaient malmenés. Sur le coup, j’avais marmonné quelques versets pour m’en remettre au bon Dieu. Puisse-t-il m’épargner d’éventuelles dégâts…

Dégâts causés par des vents violents à Conakry

A 6 heures 45, en route pour le foot, au rond-point d’Hamdallaye, (quartier de la banlieue de Conakry), je tombais sur la scène inimaginable du gigantesque panneau de publicité d’une société de la place, terrassé par le vent et gisant sur l’asphalte. Heureusement, aucune perte de vie humaine ni de dégâts matériels n’étaient à déplorer. Par contre, tout au long de mon parcours, je découvrais les dégâts, çà et là, des toits endommagés, des arbres déracinés, des ordures éparpillées, bref un véritable capharnaüm.

La désolation semblait bien partagée, ce jour et chacun y allait de sa mésaventure : « Nous dans notre quartier, les gens se battaient pour récupérer leurs tôles, chacun voulant garder celle qui semble encore en bonne forme ou utilisable ! ».

Elles avaient tellement volé comme des feuilles, qu’on les retrouvait à des dizaines de mètres de la maison qu’elles coiffaient. Presque tous les quartiers étaient touchés, et entre réparations et mariages de dernière heure avant le ramadan, le guinéen lambda avait l’embarras du choix. Mais quand l’embarras vous choisi, vous faites l’effort de vous en débarrasser.

Constats et mesures

La saison de pluie est connue, elle est récurrente et tout le monde sait qu’elle intervient à partir du mois de juin et dure trois mois au minimum, avec des prolongations quelques fois. Il y a trois périodes pendant la saison. La période des petites pluies, celles du début, annonciatrices. Les grandes et fortes pluies, au mois d’août, avec un pic, précisément le 11 et enfin celle des orages sporadiques vers fin août et courant septembre.

Cette dernière phase est en générale marquée par des éclairs et la foudre qui fendent le ciel avec un bruit effarant. Les dégâts sont nombreux aussi pendant cette période. Les populations s’étonnent de ce début tonitruant de la saison des  pluies à juste titre. Mais au vu des faits actuels, il faut d’ores et déjà prendre des mesures appropriées pour prévenir.  La pluie nous a fait une annonce, le message doit être bien reçu et pris en compte. Les égouts ou caniveaux d’évacuation n’existent pas partout, certains sont des tombeaux à ciel ouvert. Les maisons dans certains quartiers sont des cercueils provisoires, suspendues sur des terrains rocheux, capables de s’effondrer à tout moment. Les risques sont là, palpables, visibles, nous les côtoyons tous les jours.

Retenir de nos erreurs pour préparer l’avenir

Si rien n’est fait au plus vite, nous courons vers la catastrophe. A Coronthie (quartier du centre ville Kaloum), la route de la corniche est un jour ou l’autre engorgée d’eau de pluie. Les maisons situées tout au bord de la route ne manqueront pas d’être inondées comme d’habitude. Et comme d’habitude, les populations de ce quartier sortiront exprimer leur colère en interdisant l’usage de cet axe routier aux usagers. Profitant de l’intérêt des médias, le gouverneur s’en ira distribuer des sacs de riz et cent milles francs guinéens par famille. On se quittera en bons amis en attendant la saison prochaine. Pourtant des structures spécialisées existent ! A quoi servent telles si tous les ans nous sommes confrontés aux mêmes aléas, avec les mêmes désastres et le manque criard de solutions adéquates ?

Il est encore temps de sauver des vies. Le bonheur pour ces populations se résume à très peu. Un minimum de sécurité sociale, des accessoires de confort indispensable, comme l’eau, l’électricité, les soins primaires, l’école à proximité pour les enfants.

Travaillons dans ce sens, pour que chacun de nous puisse jouir autant que faire se peut, de ce cadeau qu’est la vie, si chère et unique.

Nabé, @mnabe_m

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